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 Blanche-Neige et les 7 nuits

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yapo
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MessageSujet: Blanche-Neige et les 7 nuits   19/01/17

Conte de fée dédié à Michel Nicole

En fait, remettons d'aplomb le titre : il s'agit plutôt de 7 nuits blanches et la neige est relativement absente de l'histoire. CROA très long où l'on rencontrera des montagnes, un anticyclone tenace, une flopée d'objets du ciel profond (à en gaver le deepskyer le plus endurci), un télescope vénérable mais qui laisse à désirer, un astram momentanément célibataire et finalement assez peu de sorcières et de pommes empoisonnées, même si il y a quand même un miroir au bout du tube !

Les croquis qui l'illustrent ont été obtenus directement sur le terrain et sont destinés à devenir de véritables Dessins Astronomiques Assistés par Ordinateur (DAAO) dans un avenir proche. Le Nord est systématiquement vers le haut (pour faciliter les comparaisons). Les "poils" que certains pourraient relever (Serge, sors de ces corps !) ne sont que des coups de crayons impressionnistes et ne sont là que pour simuler la nébulosité. De même, ces dessins donnent une impression d'ensemble et évoquent avec optimisme ce que l'œil a perçu tout au long de la durée de l'observation et en baladant le regard dans le champ (vision décalée optimale sur un angle particulier) : l'observateur a très rarement accès à l'ensemble des détails retranscrits de manière simultanée. Donc, même si le dessin reste le meilleur moyen d'approcher de la réalité visuelle, il reste une nette différence entre les deux.


Dimanche 25 Décembre - 20h22 TU

Je me retrouve Gare d'Austerlitz devant le quai du train de nuit (un des rares à résister aux restructurations SNCF) qui va me mener dans les Alpes du sud. Ma femme a réussi à me persuader (sans trop de difficulté) de partir seul, peu motivée à l'idée de se retrouver avec notre fille devant des pentes peu enneigées et avec un zombie diurne handicapé par un trop plein d'activité nocturne.

Je rejoins donc le chalet familial, résidence secondaire partagée avec ma fratrie, dont je serai le seul occupant pour la semaine à venir. C'est aussi là qu'est stocké mon télescope, un dobson Coulter de 445mm de ø à F/4.5 (date de naissance 1994 ce qui n'est pas tout jeune), et je le retrouve avec plaisir à chaque fois que l'occasion de faire 800km A/R se présente.

Ce soir, je ne suis pas tout seul à prendre ce train, et l'accès au quai est long. Nous partirons avec près de 30 minutes de retard et je voyagerai en siège incliné (j'y dors aussi mal que sur une couchette mais à meilleur marché) à côté d'un voisin qui cherchera vainement la position idoine pour dormir en tournant longitudinalement sur lui même comme le tambour d'une essoreuse pendant une bonne partie de la nuit. Je voyage léger (vêtements chauds et équipement astro sont déjà sur place) avec un simple sac à dos contenant quelques babioles dont le dernier oculaire acquis lors des RCE (un Explore Scientific de 5.5mm/100°) et bien sûr une copieuse liste de cible du ciel profond sur disque dur (ai-je oublié de dire que je suis un extrémiste ?).


Lundi 26 Décembre - 06h50 TU

Le train stoppe à Montdauphin-Guillestre et j'en sors tout guilleret (mais pas tout à fait reposé) sous un ciel presque prometteur, juste un peu voilé par quelques cirro-stratus. La température pique un peu, mais l'air pur est là, je le sens, à l'opposé de celui de la veille aux relents oppressants de la capitale. Je file prendre la navette qui monte dans "ma" station de Ceillac en Queyras, avec 6 autres personnes. L'effectif faible pourrait s'expliquer (dixit mon chauffeur) par l'enneigement déclaré nul par les medias "bien informés", l'affluence dans la station la semaine précédente ayant même été historiquement médiocre.


image vallee.jpg


Dix-huit tournants en épingle à cheveu plus tard, me voici parvenu à 1640m d'altitude dans une vallée alpine moyennement encaissée que je n'ai jamais vu aussi peu enneigée à cette période de Noël depuis que j'y viens (tout gosse, il y a une quarantaine d'années). Tant mieux pour moi, cela me changera des pelletées de neige à évacuer pour me dégager une aire d'observation dans le pré d'altitude adjacent au chalet et le chemin qui y mène.

Au village où me laisse la navette, je récupère de quoi petit-déjeuner et me dirige à pieds vers le hameau de La Clapière à près d'un kilomètre, mon bercail d'adoption. Le fin voile de nuage reste discret et l'impression de beau temps persiste.
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yapo
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MessageSujet: Re: Blanche-Neige et les 7 nuits   19/01/17

Lundi 26 Décembre - 15h00 TU

Au terme d'une procédure un peu fastidieuse d'ouverture du chalet (mise en route de l'eau, de l'électricité et du chauffage), je réitère une procédure presque similaire pour installer mon télescope. Loin d'être transportable (85kg), mon "Léviathan" de Coulter se laisse traîner en diable sur un terrain loin d'être plane pendant une trentaine de mètre jusqu'au coin Sud-Ouest de notre propriété, entre quelques sapins et mélèzes proches et deux lampadaires plus lointains.


image temperature.jpg

Il fait près de 10°C (exceptionnel un 26 décembre à cette altitude) et c'est en tee-shirt que je termine l'installation astronomique. Le télescope restera dehors jusqu'à la fin du séjour, une solide bâche lestée l'abritant en cas de météo capricieuse. Les arbres proches occultent les lampadaires soit directement soit indirectement au moyen de bâches opaques que je tends entre eux au moyen de cordelettes et poulies. Une table de camping pour poser atlas et ordinateur, un tabouret en cas d'arrêt prolongé à table et un escabeau en alu complètent ce mobilier extérieur.


image telescope.jpg

Il est temps d'aller essayer de compléter une nuit de sommeil erratique ou encore de prendre une avance de repos avant d'éventuelles observations.


Lundi 26 Décembre - 18h40 TU

Au sortir d'une courte sieste, le voile de cirrus s'est malheureusement épaissi et Vénus est désormais nimbée d'un halo très conséquent : ce n'est pas de bonne augure pour la première nuitée. Qu'à cela ne tienne, je m'équipe contre le froid car le soleil caché depuis le milieu de l'après-midi à cesser de chauffer l'atmosphère et la température est redescendue sous les 5°C.

Comme les conditions ne sont pas très favorables, j'en profite pour tester le champ réel du nouvel oculaire de 5.5mm ultra grand champ : après chronométrage, une étoile proche de l'équateur céleste met 68 secondes à le traverser ce qui se traduit en 17' d'espace visible à 364x. C'est vraiment très confortable comparé aux 18' de mon oculaire préféré de 7.4mm (un simple 82° Speers-Waler) grossissant "seulement" 271x. Il remplacera avantageusement un 6mm Siebert Optics de 70° et un 4.7mm Meade UWA série 4000 de 84°. C'est le premier 100° dans lequel je regarde, et bien qu'habitué des grands champs de 82°, ce surplus de ciel autour des objets est une nouveauté bien attrayante. Le premier d'une série amenée à s'étendre ?

Le voile céleste demeurant épais, je peaufine la collimation du secondaire et du primaire au Cheshire et termine par un réglage du chercheur. Autant aller se restaurer car les conditions ne se prêtent pas au ciel profond. Je vais préparer une tartiflette qui me fera plusieurs repas car réchauffable sur demande : allez, corvée de patate...

Lundi 26 Décembre - 21h30 TU

Après un repas et deux épisodes d'une série bien connue au héros tueur en série, je sors dehors constater l'état du ciel, sans grande conviction car l'expérience du site me ferait penser à une évolution lente et une persistance tenace des cirro-stratus. Miracle, le Père Noël n'en a pas fini de ses cadeaux : les étoiles se sont délestées de leurs gênants voiles nébuleux. C'est reparti pour une corvée vestimentaire d'enfilage de couches et une nouvelle adaptation à la vision nocturne.

Dans l'Eridan, ma première cible est NGC 1516, un couple de galaxies en interaction constitué en fait de NGC 1524 et 1525. Depuis quelques années, j'ai d'abord écumé les nébuleuses planétaires (mes premiers amours) et ensuite jeté mon dévolu sur les galaxies qui montrent des détails. Les effets de marées gravitationnelles sont des fournisseurs prolifiques de spectaculaires dissymétrie, même si dans le cas échéant, c'est surtout l'exceptionnelle proximité des deux objets qui m'intéressait (0.4' de séparation). 271x ne sont pas de trop pour séparer (avec difficulté et en vision décalée) les composantes de ce couple serré, qui rappellent une nébuleuse planétaire bilobée.


schéma de terrain terminé à 22h25TU

En étudiant cet objet, je me rends compte que les étoiles sont bien empâtées (bien plus que par la cause de mon optique à peine moyenne) et la turbulence est vraiment horrible (5/5 sur l'échelle Ciel Extrême) : les étoiles ne sont "stellaires" qu'à 74x et deviennent des taches turbulentes dès qu'un grossissement supérieur est appliqué ! Le philosophe admettra qu'on ne peut pas tout avoir : des nuages qui disparaissent et un seeing de rêve...

Place ensuite aux nébuleuse d'Herbig-Haro autour de la nébuleuse de la Tétine (NGC 1999), dans la constellation d'Orion. Ces nurseries stellaires m'ont toujours fasciné et même si elles offrent rarement des détails à l'observateur visuel, c'est la symbolique qui me motive ! J'en cherchais trois et au final, une seule se révèlera, HH-2, à environ 4' au Sud de NGC 1999 : tache nébuleuse un peu ovale, extrêmement faible (VI5 sur l'échelle Ciel Extrême), 20"x10" environ. La pêche reste bonne... Tiens, un satellite géostationnaire traverse le champ ! En fait, non, c'est plutôt NGC 1999 qui le traverse et le satellite semble bouger lorsque je la recentre. Si je ne touche plus à rien le satellite se fixe et les étoiles filent. Marrant ! Encore plus lorsqu'un second lui succède quelques minutes plus tard...


schéma de terrain terminé à 23h35TU

Maintenant que je suis bien "dark-adapted", j'évalue l'étoile la plus faible visible à l'œil nu dans la Petite Ourse. Mon étalon usuel, de magnitude visuelle 6.8, m'apparaît en vision décalée environ 25% du temps ce qui est correct pour le site. La nuit est décidément bonne, si l'on fait abstraction de la turbulence.


Mardi 27 Décembre - 00h00 TU

Howell-Crisp 1 est mon étape suivante située dans les Gémeaux : c'est une candidate nébuleuse planétaire découverte sur leurs images CCD par deux amateurs américains, en 2006 donc relativement récemment (en tout cas par rapport aux catalogues classiques). Elle répond faiblement aux filtres UHC et OIII, mais bien moins qu'une NP classique (son degré d'excitation doit être faible), et cela ne me permet de la percevoir qu'en VI5 à 182x comme une petite nébuleuse extrêmement faible, bordée par une étoile de m=15.


schéma de terrain terminé à 00h30TU

En redescendant vers l'hémisphère céleste Sud, dans la Licorne, deux nébuleuse (dont une plus facile) m'ont donné rendez-vous à proximité de leur culmination méridienne : NGC 2316 et 2313. Dans les deux cas, il s'agit de "Young Stellar Objects" (YSO) donc de cocons d'étoiles. NGC 2316 enveloppe sa très faible nébulosité ovale autour de 2 étoiles de m=14 et 15, et dans le même champ à 83x à 27' Ouest se trouve NGC 2313. Elle est encore plus faible (VI5.1) puisqu'observable seulement de 182 à 271x (donc impossible de voir les deux ensemble) et entoure une étoile de m=15. Les bébés-étoiles ne se laissent pas reconnaître facilement ce soir !


schéma de terrain (n2316) terminé à 01h35TU


schéma de terrain (n2313) terminé à 02h10TU

Un quatuor de galaxies donne de la voix dans la Grande Ourse et je pointe donc NGC 2805 accompagnée de NGC 2820, NGC 2814 et IC 2458. Les deux principales me font immédiatement penser au couple M81-M82 de par leurs morphologies et positions réciproques, couple d'ailleurs à proximité immédiate mais que je connais trop bien : je commet donc l'irrévérence de ne pas les saluer d'un coup d'œil. Les trois NGC sont faciles à voir (VI1) et réconfortent ma rétine après la torture intensive que je viens de lui infliger sur les objets précédents. Pas de structure décelable ici mais le rapprochement (qui est réel, les objets étant gravitationnellement liés) et la perspective sont réjouissants.


schéma de terrain terminé à 03h00TU

J'avais noté le couple NGC 3058 - NGC 3058 NED01 dans l'Hydre comme analogue à la galaxie de la Baleine (une vue par la tranche accompagnée d'un "satellite" proche), mais même à l'aide du nouvel oculaire, je ne parviens pas à séparer le duo. Il subsiste juste à 271x, un aspect triangulaire, lointaine réminiscence de l'apparence photographique de la paire.


schéma de terrain terminé à 03h40TU

Hormis les interactions, j'affectionne également les galaxies vues par la tranche. Cette orientation leur confère généralement une accumulation de lumière dans le fuseau galactique étiré et occasionne le plus souvent un contraste remarquable. De retour dans la Grande Ourse, NGC 4157 me montre ainsi son profil et étale sa belle traînée en vision directe (VD2), proche d'une brillante étoile de m=7.


schéma de terrain terminé à 04h10TU

Le rythme des observations reste soutenu, pas grâce à ma grande forme (le sommeil me taraude) mais plutôt par l'envie de profiter au maximum d'une nuit qui pourrait ne pas être succédée par des semblables. Mieux qu'une galaxie vue de profil ? Trois galaxies vues par la tranche : NGC 4206, 4216 et 4222 dans la Vierge. La plus remarquable, 4216, est accessible en vision directe (VD2) pendant que ses deux compagnons sont de difficultés étagées (VI1 pour 4206 et VI3 pour 4222), mais toutes montrent une silhouette nettement étirée. On trouve même deux petites galaxies parsemées dans le champ (l'une, PGC 39247, fait physiquement partie du groupe alors que l'autre, IC 771, est loin en arrière-plan d'après son redshift).


schéma de terrain terminé à 05h10TU

Il est plus que temps de tirer sa révérence car mon arcade sourcilière ne cesse de buter de plus en plus violemment sur le pourtour de l'oculaire et ma concentration devient difficile à orienter de manière cohérente. L'observation visuelle sérieuse est fatigante mentalement et physiquement (surtout sur un escabeau posé en terrain herbu et pentu). Je remballe oculaires et atlas et clôt cette session avant que le crépuscule astronomique n'en sonne le glas. Il fait 2°C, il est 05h30TU et l'oreiller est le bienvenu juste après avoir avalé un petit-déjeuner reconstituant.
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yapo
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MessageSujet: Re: Blanche-Neige et les 7 nuits   19/01/17

Mardi 27 Décembre - 11h38 TU

Un soleil radieux réussit à darder quelques rayons à l'intérieur du chalet pourtant bien calfeutré et me tire du sommeil. Vue l'heure, je passe directement au déjeuner. Je vous épargne les occupations du quotidien (toilette, cuisine, ménage), mais vous imaginez bien que les 12 heures nocturnes passées dehors additionnées aux 6 heures de sommeil ne laissent au demeurant qu'une journée "active" bien courte. Du coup, je condense cela au maximum et on ne peut pas dire que la journée soit propice au "farniente".

Je profite du jour pour bricoler même si le soleil n'éclaire mon fond de vallée qu'entre 09h30 et 12h30 à cause des crêtes environnantes qui montent au Sud à près de 18-20°. D'ailleurs, je dois modifier la tablette latérale qui supporte les oculaires que j'utilise. Fixée dans le sonotube du Coulter, elle m'évite des allers-retours fastidieux lorsque je veux changer de grossissement, perché sur l'escabeau : je dois agrandir l'orifice d'accueil destiné au nouvel oculaire (le seul en 2" exclusif que je possède, les autres sont en 31.75mm ou double-coulant).

Le ciel est devenu coronal (le soleil y diffuse très peu) et ne m'y encourage pas, mais il faut aller dormir un peu car la nuit devrait être belle.


image ciel coronal

Mardi 27 Décembre - 18h10 TU

Ciel toujours nickel à mon réveil, thé et gâteaux pris en vitesse histoire de tenir quelques heures avant le repas (réchauffé) de 22h, et me voici dehors tout pomponné alors que le thermomètre descend sous les 5°C. Etant donné l'heure et le ciel, je peux me diriger directement vers une cible prioritaire (puisque d'actualité) que je n'ai pas eu l'occasion de pointer la veille : le blazar CTA 102 à proximité de NGC 7305 dans les Poissons.

D'habitude de magnitude 17, il subit une flambée et s'active autour de la 12ème grandeur depuis quelques semaines avec des fluctuations à l'échelle de l'heure ! Je localise l'endroit et commence par chercher la galaxie qui se présente comme une très petite et très faible tache floue homogène (vue VI3 à 83x). Une étoile de m=16 se trouve un peu au large de la limite Nord, mais ce n'est pas le blazar qui lui brille bien plus fortement à environ 6' Est. CTA 102 constitue le second astre le plus brillant dans le champ, juste derrière une étoile de m=11 un peu plus loin vers l'Est. En défocalisant à 83x (méthode de variabiliste), je compare son éclat à celui d'étoiles adjacentes et celui de TYC 1154-373 (V=11.96) est très similaire.


schéma de terrain terminé à 18h50TU

L'éclat est singulièrement remarquable pour un objet dont le redshift dépasse 1 et la distance-lumière (NED) 7 milliards d'années.

Je reviens dans notre galaxie pour l'objet suivant situé dans Cassiopée. Il s'agit à nouveau une nébuleuse planétaire découverte assez récemment (2003), PNG 126.6+01.3 aussi appelée IPHASX J012507.9+635652 (IPHAS= Isaac Newton Telescope Photometric Hα Survey), qualifiée de quadri-polaire ! Etrangement, les filtres interférentiels ne sont d'aucune aide et il me faut les 364x du nouvel oculaire pour détecter quelques glimpses de cette très petite et extrêmement faible nébuleuse. [Nota : le glimpse représente la perception momentanée d'une image en faible lumière par les cellules rétiniennes périphériques, c'est l'unité de base du jargon extrémiste, pas encore reconnue par l'UAI !]


schéma de terrain terminé à 19h50TU

L'estomac gargouille et il est temps d'aller le remplir de tartiflette afin de constituer les réserves énergétiques de la nuit en cours. Le temps de se déshabiller, se restaurer, s'habiller à nouveau et il est déjà 21h00TU.

Le fichier excel qui rassemble encore près de 2000 objets potentiellement intéressants me livre ma prochaine destination, un objet mythique : la nébuleuse variable de Hind (NGC 1555) . Historiquement mythique car c'est la première nébuleuse à avoir été constatée variable même avant l'avènement du NGC en 1888 et mythique en visuel car je m'y suis cassé les dents à deux ou trois reprises, pas vraiment convaincu par ce que je tentais d'y voir... Mais ce soir, elle est là, immanquable (ou presque) même si extrêmement faible (VI3 à 182x) et je n'ai aucun doute sur sa réalité : une sorte de trainée fantomatique s'étirant à l'Ouest de l'étoile T Tauri estimée de m=11, homogène, informe et surtout indélimitable... Bien sûr, les filtres interférentiels n'aident pas mais un filtre bleu clair (Wr47B) la laisse relativement intacte (sans améliorer grandement le contraste cela dit) : les indices clairs d'une nébuleuse poussière.


schéma de terrain terminé à 21h40TU

Du Taureau, je remonte vers Persée pour aller dessiner une cible plus brillante (un peu). NGC 1579 est visible en vision directe (je crois que c'est la première du séjour) donc je la qualifie de brillante. De surcroit, elle montre un triangle de nodosités internes dans sa partie principale ainsi qu'une annexe plus faible détachée vers le Sud. Enfin, quelques détails à glaner !


schéma de terrain terminé à 22h20TU

Ensuite, je pars à la recherche d'une minuscule proto-nébuleuse planétaire bilobée du Cocher, PK 166-06.1 ou CRL 618. Presque à mi-chemin entre une étoile de m=11 et une autre de m=14, je ne perçois que quelques glimpses de cette extrêmement faible nébulosité (VI5.5) durant tout le temps de l'observation (environ 20 minutes) à 271x, les filtres interférentiels n'étant d'aucune aide.


schéma de terrain terminé à 22h55TU

Je retourne momentanément sur les objets HH autour de NGC 1999 pour voir si je n'en vois pas plus avec un seeing stabilisé, ce qui n'est pas le cas. Cependant, les géostationnaires viennent s'interposer à nouveau dans le champ et pas moins de 4 passent à sur n1999 à 23h01TU, les uns derrières les autres (à 10' environ) : je parviens à en placer deux dans le même champ à 271x ! Ce soir, il y a embouteillage sur le périphérique terrestre...

Mercredi 28 Décembre - 00h00 TU

La licorne n'a pas encore épuisé son stock de nébuleuses et d'ailleurs elle se crée des réserves ! A proximité de GN 06.54.8.02, l'étoile variable V900 Mon de type FU Orionis a donné un coup d'éclairage sur son cocon nébuleux à un moment entre 1953 (date des images du Digitized Sky Survey DSS) et 2009 (date à laquelle les professionnels l'ont remarqué, peut-être graduellement d'ailleurs car dans les années 1970 l'étoile était vers m=18). Donc, là où il n'y avait jadis qu'une nébuleuse, je trouve un couple de nébuleuses distantes à 4', peu difficiles de surcroit. A 125x, elle sont assez similaires, petites et faibles même si GN 06.54.8.02 est VI1 (à la limite de la vision directe) et la nébuleuse de V900 Mon VI2. Autre différence : V900 Mon apparemment de m=15 ou 16 est centrée sur sa nébuleuse (ou bien la nébuleuse est plus brillante au centre, j'ai du mal à le déterminer) alors qu'une étoile de m=14 est plutôt périphérique à GN 06.54.8.02. Dans cette dernière, on a récemment (2003) découvert un amas stellaire dans l'infrarouge, mais je n'avais pas pris mes pilules d'extensions spectrales alors bernique...


schéma de terrain terminé à 00h15TU

Je quitte la Voie Lactée pour un autre univers-île et c'est NGC 2750 dans le Cancer qui s'offre à mon oculaire. C'était le côté "spirale marquée" qui lui valait de figurer dans mon fichier avec un bras Ouest nettement plus marqué sur le DSS. Pourtant SIMBAD indique qu'il s'agit plus probablement d'une interaction avec une galaxie-compagnon se déchirant dans la continuité d'un bras spiral. Quoiqu'il en soit, si NGC 2750 est moyenne en taille et en éclat (VI1), graduellement plus brillante vers un centre stellaire de m=14, la galaxie vampirisée n'offre que quelques rares glimpses (VI5.5) comme un petit renforcement allongé du côté Ouest.


schéma de terrain terminé à 01h20TU

Après une pause thé+gâteaux pratiquée au chaud mais dans une obscurité quasi-préservée, je poursuis avec une coche au catalogue d'Arp en face de son numéro 253 (spécialiste de l'interaction). Dans le sextant, PGC 27817, 27825 & 27828 sont toutes extrêmement faibles (VI5 à 5.4) mais offrent l'intérêt de se présenter chacune par la tranche ce qui se traduit à 271x par un allongement notable dans chaque cas. Le duo central se regarde quasiment dans l'axe, la 3ème est plus au Sud et un 4ème compagnon (un peu plus facile, VI4)se joint même au groupe en symétrie opposée de celui au Sud. Elles semblent toutes liées gravitationnellement (redshifts comparables), ce qui en fait une coïncidence d'orientation et de proximité remarquable.


schéma de terrain terminé à 03h10TU

Adepte de la hauteur méridienne maximum, je retourne dans le Cancer chercher un autre couple interactif : NGC 2735 et PGC 25402. Là encore, si la principale est aisément accessible comme une petite galaxie vue par la tranche (Est-Ouest) à l'éclat moyen (VI1 à 83x), son compagnon n'apparaît que par intermittence (VI5) extrêmement faible et circulaire, tout proche au Nord-Est. Ce couple hétérogène est tout de même plaisant à voir, d'autant plus qu'une étoile de m=7 jaunâtre égaye le fond stellaire à 5' Sud, encore dans le champ même à fort grossissement.


schéma de terrain terminé à 03h45TU

Pendant que je suis dans la carte n°142 de l'Uranometria , j'en profite pour visiter NGC 2753 et optimiser le déplacement angulaire entre deux observations ! Sur les images, la zone centrale de cette galaxie montre des signes évidents de spiralité, mâtinés d'un soupçon de déformation. Et effectivement, à 271x apparaît une barre nébuleuse allongée dont semble émerger un ergot à l'extrémité Sud-Ouest. L'ensemble est presque facile à voir (VI2) mais la forme de poire est beaucoup plus subtile à percevoir (VI5.3).


schéma de terrain terminé à 04h20TU

Je termine cette nuit sur un compromis entre mes deux intérêts du moment, spirales et vues par la tranche. NGC 3509 présente en effet un peu des deux aspects, moyenne en taille et en éclat (VI2), allongée avec des bords bien définis et une zone centrale légèrement plus brillante. Ce sont surtout deux prolongements du noyau le long du côté Nord de l'extension Nord-Est et du côté Sud de l'extension Sud-Ouest, très discrets (VI5), qui donnent une vague impression de spirale. Ce sont ces rares glimpses épars et aléatoires qui provoquent une sensation diffuse plutôt qu'une vision précise. In fine, seul le dessin permet de collecter les sensations éparses et de reformer une image cohérente de l'ensemble des perceptions. Il y a aussi la présence de ce discret compagnon extrêmement faible (VI5.3) LEDA 93108 à 3'Nord-Ouest qui apparaît par intermittence , peut-être pour faire oublier qu'il perturbe gravitationnellement sa prépondérante voisine ?


schéma de terrain terminé à 05h00TU

J'arrête là pour cette nuit car j'ai vaguement l'impression que le ciel s'éclaircit à l'Est et que le crépuscule astronomique a commencé. On remballe le principal (oculaires, atlas, ordinateur, éclairage), on descend les bâches protectrices pour éviter qu'elles ne prennent un vent éventuel, on se déshabille, on petit-déjeune et... on s'écroule de sommeil sur le lit !


Dernière édition par yapo le 19/01/17, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: Blanche-Neige et les 7 nuits   19/01/17

Mercredi 28 Décembre - 09h30 TU

Le sommeil a été trop court mais un je-ne-sais-quoi m'a tiré de sous l'oreiller : l'altitude provoque parfois ce léger malaise général pendant quelques jours, le temps que l'organisme s'adapte. Le soleil à nouveau radieux et le ciel encore coronal me poussent à aller faire une petite balade. Je vais monter vers le fond de la vallée du Cristillan avec le VTT jusqu'à ce que la neige me bloque, histoire de m'oxygéner et de m'épuiser pour une sieste qui n'en sera que meilleure.


image village-haut

Je passe par le village histoire de consulter la météo locale. Les prévisions bonnes jusqu'au week-end font passer mon moral de bon à excellent ! Bien sûr, il faut se méfier : un ciel étoilé de MétéoFrance n'est parfois pas astronomiquement exploitable... On verra bien et puis une nuit couverte, c'est du repos bien mérité. De toute façon, les observations des deux premières nuits justifient déjà le déplacement.

Plus haut dans la vallée, les hameaux de chalets d'estives se succèdent et la neige ne me bloque pas encore complètement vers 2000m mais après 45 minutes de marche et pédalages, il est temps de redescendre déjeuner et siester.


image balade1
Vers le fond de la vallée (vue vers l'Est).


image balade2
Depuis le milieu de la vallée (vue vers l'Ouest).


Mercredi 28 Décembre - 17h55 TU

Après une sieste correcte, je me prépare consciencieusement pour la soirée. Je sors installer le petit matériel, monter les bâches isolantes, vérifier la collimation (qui n'a pas bougée depuis hier) : les couleurs du soleil couchant ne trompent pas et promettent une nuit bien transparente. Ensuite, c'est le temps d'un thé bienvenu (la déshydratation est rapide en altitude) puis celui de l'habillage méthodique capable de résister aux températures négatives.

L'équipement n'a rien d'exceptionnel hormis des chaussures glacier Sorel très efficaces :
-2 paires de chaussettes (paire extérieure en grosse laine),
-3 pantalons type jogging par ordre de taille,
-1 tee-shirt manches courtes coton,
-1 tee-shirt manches longues elasthane,
-1 tee-shirt manches longues polaire fine (avec col long),
-1 pull en laine,
-1 pull en laine d'alpaga,
-1 pull en polaire épaisse (avec col long).

Le tout est englobé dans une combinaison de ski Decathlon 1er prix qu'on ne trouve plus à la vente (trop ringard sans doute), ce qui est dommage car cela renforce l'isolation je trouve. En fin de nuit, la fatigue et l'engourdissement aidant, je rajoute un large pantalon de ski doublé , ainsi qu'une doudoune épaisse à duvet d'oie. Pour les mains, il y a des sous-gants tactiles (utile pour le pad de l'ordinateur portable) enrobés par des mitaines polaires avec une partie moufle amovible et pour la tête un bonnet en coton complété -si besoin est- par une sorte de chapka rembourrée. Tout l'art consiste à ce que les couches se superposent harmonieusement, se juxtaposent sans jour aux intersections (poignets, chevilles, cou, taille) et à les enfiler dans l'ordre !

Le look obtenu est parfait pour une soirée bibendums & cosmonautes, mais il faut ce qu'il faut et je suis plutôt frileux ! Dans cet accoutrement, je peux résister à -10°/-15°C pendant quelques heures (si le vent et l'humidité ne viennent pas empirer les choses). Par contre, si j'enchaîne plusieurs descentes d'escabeau saccadées et des positions acrobatiques à l'oculaire, lors d'une recherche difficile par cheminement d'étoiles par exemple, je peux me mettre à transpirer ce qui n'est pas bénéfique ! Il faut donc maîtriser son évolution et alterner périodes actives de recherche et périodes passives de contemplation.

Ce soir, chose que je n'ai pas relevée les nuits précédentes (mais qui devait être présente au moins hier), une lumière zodiacale diffuse et assez indélimitable mais nettement visible s'étend jusque sous le carré de Pégase, voir même jusqu'au Bélier en s'affinant. Décidément, le ciel est vraiment bon et les conditions sont les mêmes que la veille avec cependant une turbulence moins bonne.

Je commence la nuit avec une galaxie sévèrement perturbée : NGC 660 dans les Poissons. Elle possède un anneau polaire et des flambées de formation stellaire s'y déroulent. Cela résulte de la fusion avec un compagnon massif ou bien, à tout le moins, d'une forte perturbation de celui-ci. Sur les clichés, de larges bandes d'absorption bordent et traversent son disque presque vu par la tranche. Qu'en est-il visuellement ? A 182 & 271x, cette galaxie moyenne en tous points est juste visible en vision directe (VD3), allongée et aux bords très flous, avec un centre graduellement plus brillant jusqu'à un centre quasi-stellaire. En approfondissant, je note une impression de grumeaux stellaires dans la partie Sud-Ouest (qu'il m'est impossible de placer avec acuité) et surtout une partie Nord-Est extrêmement faible (VI5) qui paraît détachée du reste, sans doute par l'effet des marbrures sombres de poussières.


schéma de terrain terminé à 18h45TU

Eclectisme est le leitmotiv de ma sélection et c'est maintenant au tour d'une nébuleuse planétaire de Céphée de se faire tirer le portrait : PK 131-05.1. Sur le DSS, elle me semble relativement facile et effectivement, visuellement elle est remarquable (vue VI2 à 182x avec l'OIII) puisqu'elle réagit bien aux filtres interférentiels. Cette bulle reste cependant homogène et sans étoile centrale.


schéma de terrain terminé à 19h45TU

Ensuite, j'enchaîne rapidement avec NGC 1300, une belle spirale barrée et déliée de l'Eridan. Rapidement car mon emplacement donne bien sûr une vue sur l'horizon Sud, mais l'encaissement de la vallée fait qu'une crête montagneuse d'environ 20° de hauteur l'obstrue. Ainsi, les objets vers -20/-25° en déclinaison ont une "fenêtre" d'observation courte et précise qu'il ne faut pas rater, faute de pouvoir se rattraper. La galaxie est assez grande et d'éclat moyen (VD3/83x), plutôt ovale aux bords indélimitables, avec une zone centrale plus brillante d'où émerge un noyau quasi-stellaire. De cette zone centrale allongée Est-Ouest émergent (difficilement mais sûrement) un bras spiral Ouest légèrement prépondérant (VI5.3) s'incurvant vers le Nord et aussi un bras Est un peu plus difficile (VI5.4) tournant au Sud. Tout cela n'est pas "brillant" mais reste persuasif. Le bras Ouest est effectivement plus chargé sur les images et c'est un indice (parmi d'autres) d'une rencontre gravitationnelle passée.


schéma de terrain terminé à 20h25TU

MS 03180-1937, un quasar de magnitude 15 se trouve à 10' Est de cette belle spirale et j'en ai recueilli quelques glimpses (VI5.5), rares mais suffisamment localisables pour confirmer l'observation. A cette hauteur l'absorption atmosphérique occasionne un effet qui commence à être sensible et les étoiles les plus faibles accessibles plus "haut" commencent à s'effacer sous son action. Avec NGC 1300, ils sont observables dans le même champ mais n'ayant pas prévu le cadrage au départ, j'ai eu besoin d'une seconde feuille pour le croquis.


schéma de terrain terminé à 20h45TU


Mercredi 28 Décembre - 21h00 TU

Vient l'heure du repas où il faut quitter les couches de vêtements, retrouver la lumière et s'attacher à nourrir son corps autrement que spirituellement (tartiflette again, j'en ai fait pour un régiment). Etant données les excellentes conditions, je suis particulièrement pressé d'y retourner et me ré-équipe illico-presto. Je me retrouve donc vite à côté du Dobson et ma vision est encore quasi-photopique alors pourquoi ne pas visiter une cible facile histoire de laisser le temps à la vision périphérique de se re-sensibiliser ? Forcément la nébuleuse d'Orion est un choix évident, avec ses volutes envoutantes. Je n'ai jamais été très sensible aux couleurs des objets célestes, mais là, c'est la claque : les parties centrales presque bleues et les ailes rouges ! Je n'en reviens pas tellement c'est évident, comment ai-je pu louper ça pendant autant d'années ? Je vous rassure  : l'effet s'estompe rapidement avec le retour en force des bâtonnets qui annihilent quasiment ce contraste chromatique. Un coup d'œil environ une heure plus tard montrait un spectacle bien plus terne (même si je sentais du pourpre et du vert d'eau dans les mêmes zones).

Toujours dans l'Eridan mais un peu plus haut dans le ciel, NGC 1741, IC 399 et PGC 16570 forment un trio interactif valant de figurer dans le catalogue d'Arp sous le numéro 259. Toutes trois très petites, elles vont de faible à extrêmement faible (VI2, VI4 et VI5 respectivement) et je soupçonne la principale de s'étaler légèrement en éventail vers le Sud. La seconde est plutôt allongée et la dernière circulaire ou informe. Le tout s'articule en triangle aigu autour d'une étoile de m=11, bien utile pour la mise au point lors des changements de grossissements.


schéma de terrain terminé à 22h35TU

Les amas ouverts se projettent parfois devant ou derrière d'autres objets du bestiaire céleste. Le plus souvent mixés à des nébuleuses diffuses avec lesquelles ils entretiennent d'étroites relations (NGC 2444 et la Rosette), mais parfois aussi d'autres amas (M 35 et NGC 2158) ou des nuages obscurs (NGC 6520 et B 86). Plus rarement, on trouve des nébuleuses planétaires (M 46 et NGC 2438, NGC 2818 A & B), mais aussi des galaxies (et là il n'y a pas de lien hormis la coïncidence spatiale). NGC 1807 est un joli amas ouvert du Taureau, organisé autour d'une chaîne d'étoiles pratiquement alignée Nord-Sud. NGC 1817, plus riche et plus dense, se trouve à 30', pratiquement dans le même champ à faible grossissement. A travers le premier, j'ai perçu la galaxie PGC 16865 qui n'est pas trop difficile (VI3) malgré sa très petite taille (elle est quasi-stellaire) et le noyau de galaxie actif 2E0507+1626 à la limite de perception (VI5.5) à 271x comme une étoile extrêmement faible. J'apprécie toujours cette mise en perspective qu'offrent deux objets du ciel profond à ce point différents mais présents dans le même champ !


schéma de terrain terminé à 23h25TU

Ensuite, j'enchaîne sur deux échecs. Eh oui, à la lecture de ce qui précède, vous vous imaginez peut-être que l'observation est infaillible et qu'on réussit tout ce qu'on entreprend dès lors qu'on est organisé. Pas tout à fait quand même puisque j'ai cherché en vain SRWW-1 alias IRAS 07131-0147 et PK 219+07.1, deux petites nébuleuses planétaires de la Licorne. La veille, j'avais échoué à déceler un anneau autour de la galaxie NGC 985 et dans les jours suivants je ne parviendrais pas à observer Parsamyan 3 ni les bras spiraux de NGC 255. Comme je ne note pas forcément l'heure de mes échecs, voilà pourquoi je les cite ici (et j'en oublie sans doute).

Dans le Petit Chien, NGC 2402 est une double galaxie très serrée (avec LEDA 200236) néanmoins sans trace interactive sur les clichés. La première est très petite, faible (VI2), circulaire et plus brillante vers le centre. Son compagnon est quasi-stellaire (la turbulence amène les étoiles faibles à lui ressembler) et se détache du ciel lors de rares glimpses (VI5.5).


schéma de terrain terminé à 00h50TU

Lors de mon repérage de l'objet suivant dans la Grande Ourse, je remarque une cascade stellaire (un peu à l'image de celle de Kemble à côté de NGC 1502) assez marquante au chercheur et presque dessinée sur la carte 45 de l'Uranometria en bas à droite. Je pense que ma cascade est le "Spade" (pelle) de John Chiaravalle (page XII de Pattern Asterisms: A New Way to Chart the Stars, éd. Springer) qui le situe à 09h42m et +53°20', ce qui correspond à la position que j'avais relevé. Le repérage terminée, c'est la galaxie NGC 3079 vue par la tranche qui s'affiche à l'oculaire. Je l'avais déjà observée lors d'un dessin du quasar double QSO B0957+561, mais pas dessinée. Assez grande et brillante (VD1), elle montre un bulbe central assez caractéristique qui ne boursoufle pratiquement que du côté Est. Deux compagnons plus faibles, NGC 3073 et PGC 28990 l'accompagnent du côté Ouest.


schéma de terrain terminé à 02h10TU

Sur la même carte de l'Uranometria figure de quoi m'en repayer une tranche avec UGC 5459. Assez grande mais apparemment faible (VI1) car occultée par une étoile de m=8 quasiment superposée au Sud-Est, cette galaxie montre son fin profil à 271x et je remarque que les extensions faibles se prolongent un peu plus loin à 125x qu'à 182x : certainement l'angle optimal de vision y est pour quelquechose(cf Clark et Carlin).


schéma de terrain terminé à 02h55TU

Je poursuis dans cette zone céleste pour passer à la carte suivante de l'atlas (46) dans laquelle on trouve NGC 3448 (Arp 205) à l'éclat plus remarquable, elle aussi vue par la tranche. Sur les images, de nombreuses marques sombres zèbrent son disque et encore plus intéressant, un résidu galactique provenant d'une rencontre gravitationnelle se retrouve éjecté à 4' Ouest, baptisé UGC 6016. De taille et d'éclat moyens (VI1), la galaxie principale est allongée avec des bords bien définis et avec de l'attention (VI5), une nodosité distincte se détache de la zone centrale plus brillante dans l'extension Nord-Est. De dimensions plus modestes, le compagnon phagocyté est également perceptible mais reste extrêmement faible (VI5.5), à peine quelques glimpses.


schéma de terrain terminé à 03h50TU

Toujours dans la même direction (carte 46), une spirale assez déliée mais aux bras marqués, NGC 3631 (Arp 27), m'a semblée prometteuse sur les images. Il y a souvent (mais pas toujours) corrélation entre imagerie et observation visuelle. Ici, c'est relativement le cas car la galaxie est grande et brillante (VD1), circulaire aux bords diffus, graduellement plus brillante vers le centre jusqu'à un noyau stellaire de m=13. Et surtout, on voit la structure spirale : le bras Sud est détaché du noyau, légèrement incurvé et plus évident (VI5) que le Nord (VI5.4) qui semble davantage linéaire. Dans le disque, à environ 1' Est du noyau, je localise un astre d'aspect stellaire de m=16.5 environ. Supernova ? Non, mais plutôt une région HII, d'ailleurs la plus brillante de cette galaxie (Hodge 192 d'après un article de 1977 de 5" de diamètre environ).


schéma de terrain terminé à 04h35TU

Là, j'atteins mes limites et j'ai pas mal épuisé la motivation qui m'anime. Certes, l'accumulation de longs mois d'abstinence provoque une euphorie et une activité de terrain exacerbée mais j'ai eu ma dose et je termine ma nuit alors que je pourrai encore la prolonger. Remballer, petit déjeuner et dormir, voilà tout ce qui compte à présent...


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MessageSujet: Re: Blanche-Neige et les 7 nuits   19/01/17

Jeudi 29 Décembre - 11h30 TU

Je me lève pour déjeuner : ça y est, un rythme décalé s'est installé. La vie en solitaire est agréable (personne pour te contredire, rythme individuel sans contrainte) même si un peu de compagnie serait socialement appréciable. L'ambiance du chalet est un peu triste, rempli de ma seule personne. C'est un chalet familial et d'habitude les quelques chambres sont remplies : on a même parfois eu l'été, entre famille et amis, près d'une vingtaine de personnes hébergées... Le contraste est donc total, alors je comble ce vide avec un peu de musique, et surtout d'activité.

Je profite de ce temps libre pour tester un bricolage, bien utile pour repérer les nébuleuses planétaires stellaires (le principe est de localiser le spectre ponctuel de la nébuleuse par rapport aux spectres continus et linéaires des étoiles). Je possède déjà un réseau blazé qui me permet de faire un peu de spectro visuelle, mais l'ordre 0 transmis en direct par celui-ci "parasite" une éventuelle recherche de ces nébuleuses. Une solution : le prisme simple. Défaut, il faut trouver le bon angle par rapport à l'oculaire... Autre solution confortable : le prisme d'Amici ou à vision directe (en fait un train de 3 prismes accolés). On ne trouve pas très facilement l'équipement idéal ou alors un peu cher cet usage restreint (200 à 300€ pour du 20mm à 30mm de côté), donc j'ai exploré la piste du spectroscope de gemmologue, plus abordable (30 ou 40€) mais au prisme moins généreux (15mm).

Il faut bien sur démonter le spectroscope qui est équipé à l'avant et à l'arrière de lentilles pour focaliser, et récupérer le train de prisme (serti dans une petite structure tubulaire dans mon cas). Si l'on place ce dispositif à l'avant de l'oculaire, cela réduit fortement le champ donc il vaut mieux l'installer après la lentille d'œil. Je l'ai enchâssé dans une rondelle de PVC de 5mm d'épaisseur (25mm de ø) et fixé derrière un oculaire Kellner de 27mm livré à l'origine avec le Coulter pour obtenir le bijou technologique suivant (baptisé spectro-bidule).


image spectro-bidule

Forcément, le champ d'origine est réduit (carré d'ailleurs) mais reste tout de même utilisable et, testé la nuit suivante, il remplit son rôle (il faudra juste que je rajoute un morceau de tube pour élargir l'assise terminale afin d'éviter "d'empaler" son œil sur ce tube plus fin qu'un oculaire classique. Reste plus qu'à trouver une nébuleuse stellaire qui ne se soit pas encore mise en travers de mon télescope...

Ensuite, il faut aller dormir car la météo est (encore) favorable, pas un nuage et un ciel coronal donc une nouvelle nuit blanche se dessine...


Jeudi 29 Décembre - 17h40 TU

Encore (mais je ne m'en lasse pas) de bonnes conditions de ciel : toujours 6.8 de mvlonUMi et surtout un seeing moyen meilleur que la veille (les étoiles restent fines jusqu'à 182x). Par contre, la température est un peu plus froide (2°C en début de nuit, -2°C à la fin).

La soirée commence par le spectacle d'une naissance dans Persée : HBC 334 (Herbig+Bell Catalog) alias GM 1-4 (Gyulbudagyan & Magakyan). Il s'agit d'une étoile AeBe d'Herbig à ligne d'émission (particulièrement en Halpha), chef de file de plusieurs autres en train d'émerger d'une nébuleuse créatrice commune. A 271x, elle est très petite et faible (VI2), circulaire et indélimitable comme un halo autour d'une étoile centrale faible elle-aussi (m=15). Rien de particulier à noter si ce n'est une étoile de m=11 proche au Nord.


schéma de terrain terminé à 18h40TU

Les interactions sont souvent sources de dissymétrie mais parfois aussi de formes quasi-parfaites. C'est le cas d'UGC 1775 (Arp 10) qui montre un anneau très régulier d'environ 40" de diamètre autour du noyau central, simplement ovalisé par la perspective (la galaxie n'est pas vue de face). Aucun bras ne relie cet anneau à une quelconque autre structure. Petite et d'éclat moyen (VI1), cette galaxie est ovale avec des bords indélimitables et sa zone centrale plus brillante recèle un noyau stellaire remarquable de m=14. Avec difficulté et de l'attention, on perçoit des portions de l'anneau notamment un renforcement informe au Sud-Est du noyau mais aussi une portion incurvée au Nord-Ouest et à l'Ouest. Je n'ai pas vu de trace d'une petite galaxie satellite au Nord-Est de m=16, trop accaparé sans doute à percevoir les détails centraux.


schéma de terrain terminé à 19h30TU

Spirale (bis repetita) -presque- connue,  mais avec un compagnon qui la sculpte : NGC 1232 et PGC 11834 (Arp 41) dans l'Eridan. Assez grande -ce qui moyenne son éclat (VD3)-, cette spirale de face est circulaire aux bords indélimitables, graduellement plus brillante vers le centre jusqu'à un noyau quasi-stellaire de m=14. Une amorce de bras part du côté Ouest de la zone centrale vers le N pour s'incurver rapidement vers l'Est, et quasiment dans son prolongement, on trouve un renforcement distinct un peu plus loin sur le disque au Nord-Est (régions HII [HK83] NGC 1232-119/127/112). Deux autres sont observables à exactement 1.8' Ouest ([HK83] NGC 1232-445/450) et 1.0' Est du noyau ([HK83] NGC 1232-129/136/132), et un dernier sous forme stellaire à 1.6' Sud ([HK83] NGC 1232-210). Enfin, le compagnon perturbateur est perçu à quelques reprises (VI5.5) autour d'une condensation centrale stellaire de m=16, bien détaché du disque vers l'Est.


schéma de terrain terminé à 20h20TU

La faim et le froid me ramènent à des considérations plus terre-à-terre, mais avant de rejoindre le chalet pour m'attaquer au menu (qui diffèrera de la tartiflette je vous rassure), je constate que la lumière zodiacale est aussi étendue que la veille et je m'attarde dans la contemplation de la voûte céleste à l'œil nu. Ce moment de vagabondage visuel est reposant car se concentrer longuement sur un effort mono-rétinien à champ restreint est un exercice qui peut s'avérer épuisant. Quelques météores fugaces en profitent pour glisser silencieusement à travers les constellations...


Jeudi 29 Décembre - 21h40 TU

Malgré le sommeil morcelé et la rythme journalier à contre-courant, je m'habille à nouveau courageusement avant de rejoindre mon spot, parce qu'en montagne la météo peut changer rapidement et parce que tout ce qui est pris n'est plus à prendre ! J'attaque une nouvelle vague de jeunes objets stellaires (YSO comme disent les anglo-saxons) en commençant par GN 04.18.8 autour de l'étoile RY TAU de type T Tauri. Dans le T450, une très petite nébulosité faible (VI2) de forme cométaire entoure une étoile de m=15 en se développant en direction du Nord-Ouest. C'est discret et pas très spectaculaire des mondes en création, hein ?


schéma de terrain terminé à 22h30TU

Je retourne du côté d'Orion pour localiser HH 183 un objet d'Herbig-Haro contenu dans la nébuleuse IC 429. A 182 et 271x, dans un champ stellaire appauvri car la zone se trouve dans un large nuage obscur répandu au Sud de la nébuleuse d'Orion, j'obtiens quelques glimpses (VI5.5) d'une très petite nébulosité un peu allongée Est-Ouest formant le coin très aigu d'un triangle isocèle étiré avec 2 étoiles de m=13. Très pudique également cet embryon stellaire de type FU Orionis !


schéma de terrain terminé à 23h45TU

J'effectue un come-back chez les spirales (mais de type barrées) avec le beau spécimen NGC 3359 dans la Grande Ourse. Assez grande à l'oculaire mais d'éclat moyen (VD1), cette galaxie ovale montre clairement sa barre centrale allongée quasiment Nord-Sud dont s'échappent des bras bien symétriques (vers l'Ouest pour celui au Nord et vers l'Est pour celui au S) et pas trop difficiles (VI4). En outre, je localise deux nodosités qui prolongent "virtuellement" le bras Nord/Ouest vers le Sud et un peu plus loin. Ce sont des agrégations de régions HII et d'associations stellaires, [RZB2000] 7/9/82/83/110/401 à 1.5'SO du noyau vue VI5.4 et [RZB2000] 12/14/64/122/168 à 2'SSO du noyau vue VI5.3 (pour Rozas-Zurita-Beckman, les auteurs du recensement sur cette galaxie).


schéma de terrain terminé à 01h25TU

Dans l'Hydre, PGC 25886 étire son faible (VI2) fuseau de taille moyenne et une zone centrale plus brillante juste à proximité d'une étoile de m=10. Hormis son profil fuselé, il n'y a rien d'autre de remarquable bien que j'ai scruté en vain la zone où apparaît sur les images une fine bande d'absorption équatoriale...


schéma de terrain terminé à 02h20TU

Encore vue par la tranche mais davantage que la précédente, NGC 3044 dans le Sextant est grande mais faible. Sa grande finesse la rend particulière, mais là encore j'étais à la recherche de renforcements lumineux (notamment à l'extrémité Ouest) que je ne suis pas parvenu à localiser : ça manque de glimpse...


schéma de terrain terminé à 03h10TU

Mon cheminement céleste croise à nouveau une spirale vue de face truffée de "goodies" comme diraient les anglo-saxons, il s'agit de NGC 3184 dans la Grande Ourse. Non seulement elle est grande et brillante (VD1), mais en plus les ébauches centrales de ses bras sont perceptibles à la limite (VI5.5) et deux échancrures entament la circularité périphérique de la galaxie symétriquement à l'Ouest et à l'Est.

Ces sensations renforcent mon impression de spires, même si je ne les capte pas instantanément et simultanément. En fait, la vision de cette spirale se construit lentement au fur et à mesure de l'observation par l'accumulation mémorielle de ces stimuli et ce n'est qu'à la fin que je peux me dire "je la vois spirale", même si le terme "voir" (au sens commun) est impropre. A l'image du glimpse, un nouveau verbe traduisant cette vision parcellaire faite d'additions d'instantanés reste à trouver (si un linguiste m'a lu jusqu'ici...).

En s'attachant aux détails sur le disque, je localise une étoile de m=11 à 1.8' Nord et une autre de m=14.5 encore plus proche à 0.6' Est-Nord-Est, mais également trois régions HII, NGC 3180 à 1.8'Nord-Ouest, NGC 3181 à 1.2' Sud-Ouest et [SRM2012] NGC3184-169 (Sanchez-Rosales-Ortega-Marino) à 1.6' Sud, toutes trois quasi-stellaires et de magnitudes comprises entre 15 et 16.


schéma de terrain terminé à 04h20TU

Pas plus en forme qu'en fin de nuit précédente, mais encore motivé par l'envie de découvertes supplémentaires, je résiste à la fatigue et m'attèle à la recherche d'un objet de plus : NGC 4244 dans les Chiens de Chasse. Encore plus grande que la précédente en taille et aussi brillante, son profil fuselé est un régal pour l'œil. Son centre semble légèrement graduellement plus brillant (occupé par un amas nucléaire d'étoiles) et deux nodosités quasi-stellaires sont presque quasi-symétriques aux extrémités galactiques 5' du centre géométrique (mon croquis est mal proportionné). D'après leurs redshifts, ces deux objets ([BKD200] WR 415 au Nord-Est et HS 1214+3801 au Sud-Ouest) semblent être extérieurs à NGC 4244, juste un peu plus loins en arrière-plan.


schéma de terrain terminé à 04h55TU

Le crépuscule astronomique va bientôt commencer et la fatigue anesthésie toute velléité de recherche d'un autre objet difficile et/ou éloigné. Pourtant, je remarque sur la carte 107 de l'Uranometria qui m'a servi à pointer l'objet précédent la présence d'une galaxie un peu étendue, NGC 4214. Elle n'était pas sur ma sélection de cette nuit, mais figure un peu plus loin dans mon listing, avec son noyau de galaxie actif et des régions HII stellaires proches du centre. Cette grande et brillante (VD1) galaxie ovale aux bords diffus est une belle surprise avec son centre graduellement plus brillant jusqu'à un noyau stellaire de m=13 et surtout un renforcement marqué dans la partie Sud-Est du disque relié au centre par une barre, ainsi que son prolongement symétrique de l'autre côté vers le Nord-Ouest en forme de hameçon. Ma concentration était usée car je n'ai pas noté le niveau de difficulté de ces détails mais d'après la densité de mes coups de crayons, je vous ai livré les détails dans leur ordre d'apparition.


schéma de terrain terminé à 05h25TU

En mode zombie, je regagne mes pénates et après un petit-déjeuner à but purement nutritif, je rejoins les bras de Morphée.


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MessageSujet: Re: Blanche-Neige et les 7 nuits   19/01/17

Vendredi 30 Décembre - 12h10 TU

Les yeux clignotants, je m'extirpe du lit pour constater que le soleil est déjà presque couché... derrière les montagnes ! Le ciel est toujours dans le même état, bleu profond peu diffusant, à en désespérer les skieurs en quête de neige mais à ravir les astronomes amateurs citadins en manque d'étoiles. Après un déjeuner rapide (rognons, haricots verts histoire de changer de la tartiflette), je sacrifie un fin matelas de camping grignoté par des rongeurs affamés pour un bricolage que j'estime nécessaire : l'isolation des montants de mon escabeau métallique, trop conducteurs pour mes mains mêmes gantés. Cela garantira un refroidissement plus lent de mes extrémités. La météo semblant inéluctablement stable, je sors le matériel et procède à une installation partielle, avant d'aller compléter ma nuit d'une sieste sommaire. Je pourrai ainsi commencer plus rapidement, une fois habillé tout à l'heure.


Vendredi 30 Décembre - 17h40 TU

Je commence à la même heure qu'hier sous les étoiles avec des conditions aussi bonnes et même un peu meilleur puisque le seeing est très calme (S=2). Un peu fatigué mais heureux de ma bonne fortune jusque ici. Les Alpes du Sud sont souvent propices aux observations hivernales, mais j'ai rarement vu un tel enchaînement de nuits dégagées !

C'est le beau groupe de galaxies autour de NGC 705 qui inaugure cette soirée, et plus précisément la partie centrale de l'amas Abell 262 dans Andromède. Je ne dessine que les alentours des 4 galaxies principales organisées en Lambda et la centrale est la seule à montrer une structure particulière : son lobe central est traversé par un très faible (VI5) fuseau rectiligne. Les autres vont d'un éclat moyen (VD3) à extrêmement faible (VI5.5) et sont circulaires à ovales. Etrangement, elles présentent toutes (à une exception près) un centre plus brillant ou un noyau stellaire...


schéma de terrain terminé à 18h50TU

Je retourne ensuite à ma chasse aux fins profil galactiques avec UGC 1281 dans le Triangle. Une étoile de m=7 jaune à faible distance vers l'Ouest gêne un peu l'observation de cette faible nébuleuse (VI2) de taille moyenne, extrêmement allongée. Deux étoiles de m=15 se superposent à la galaxie et un très faible (VI4) compagnon au Sud-Est, PGC 6700, montre son noyau stellaire entouré d'un peu de nébulosité.


schéma de terrain terminé à 19h45TU

Dans le Bélier, NGC 1156 est une galaxie irrégulière par excellence. Elle montre quelques détails à 271x sur son brillant disque oval de taille moyenne, saupoudrée de quelques étoiles et renforcements quasi-stellaires. En partant du bord Nord, on trouve une étoile de m=12 puis une de m=14 et s'enchaînent trois légers renforcements dont un quasi-central (mais qui n'est pas le cœur de la galaxie semble-t-il) qui traversent le disque jusqu'à ce qu'on arrive à une étoile de m=13 sur le bord Sud. Une recherche partielle (images H-alpha et du HST) me fait supposer qu'il doit s'agir dans l'ordre d'une association stellaire puis de deux régions HII géantes. Il faudra que j'approfondisse...


schéma de terrain terminé à 22h05TU

La Voie Lactée d'hiver commence à occuper une bonne place au méridien et je m'y dirige pour pointer une étoile de type Herbig Ae/Be, HK d'Orion, qui éclaire sa nébuleuse nourricière Cederblad 51. Elle est étendue et faible à 83x sans filtre (VI2), de forme légèrement cométaire à la "chevelure" très large, assez ressemblante à M 78, et semble entourer deux étoiles de m=12 (HK Ori) et 14.


schéma de terrain terminé à 22h40TU

Au beau milieu du territoire des nébuleuses et des amas, dans le Grand Chien, trône un duo interactif remarquablement photogénique que vous avez certainement déjà croisé en image : NGC 2207 et IC 2163. Ces deux galaxies, respectivement moyenne et petite, brillante (VD3) et moyenne (VI1), circulaire et allongée, montrent leurs halos quasiment en contact. Leur structure spirale s'interpénétrant est en revanche au delà de ma perception bien qu'un renforcement quasi-stellaire soit décelable (VI5.4) au Sud du disque de NGC 2207 [en fait, il s'agit d'une étoile d'avant-plan se détachant devant une nodosité], ainsi qu'une petite nébulosité allongée détachée vers l'Ouest (la région HII [SSS2014] NGC 2207-1) juste à côté d'une étoile de m=12. En outre, une extrêmement faible (VI5.5) galaxie d'arrière plan est visible à l'Est d'IC 2163, quasi-stellaire : il s'agit de 2MASX J06163579-2122032.


schéma de terrain terminé à 23h30TU

Après cette parenthèse extragalactique, je reviens dans la Voie Lactée pour croquer l'originale du phénomène déjà décrit ci-dessus à deux reprises : Fu Orionis et sa nébuleuse Cederblad 59. Rien de bien spectaculaire pour cette célébrité puisque l'étoile de m=10 se pare simplement d'un halo ovale extrêmement faible (VI5), sans détail supplémentaire.


schéma de terrain terminé à 00h10TU

Un peu dépité par cette rencontre sans envergure, je poursuis pas une cousine proche de type Herbig Ae/Be, V1307 ORI, elle aussi accompagnée de sa nébuleuse génitrice (GN 05.58.0). Encore un exemplaire extrêmement faible (VI5), mais je réussis tout de même à en apercevoir une forme semi-circulaire en croissant autour de l'étoile centrale de m=9.


schéma de terrain terminé à 00h55TU

Je délaisse un peu la banlieue galactique pour finir la nuit à explorer quelques destinations lointaines hors de l'amas local. NGC 3726 dans la Grande Ourse, grande et brillante (VD2) montre difficilement deux extensions spirales (VI5) s'extruder de son halo galactique ovale à partir d'une zone centrale plus brillante. Une étoile de m=12 l'accompagne à proximité au Nord.


schéma de terrain terminé à 02h15TU

Facile à repérer car dans le même champ que Chi UMA à faible grossissement (m=6, jaune), 17' plus au Sud, NGC 3877 est une galaxie vue par la tranche, grande et brillante (VI1). Elle ne montre pas de détail hormis son fuseau régulier et sa légèrement augmentation de brillance sur sa zone centrale.


schéma de terrain terminé à 02h40TU

Je procrastine en cherchant à repérer le duo NGC 3893 & 3896, physiquement lié, dans la même carte Uranometria que la galaxie précédente. C'est un joli couple de galaxies ovales, l'une brillante (VD1) et l'autre moyenne en éclat (VI1) et toutes deux ont une étoile de m=13 proche ou en contact de leur halo galactique vers le Nord ou Nord-Ouest ! La principale (3893) paraît spirale grâce à un bras Nord-Ouest très subtil se terminant quasiment contre l'étoile déjà citée et un bras Sud-Est plus évident juste après une étoile faible en surimpression et se prolongeant en parallèle du noyau quand il remonte vers le Nord. Le duo se mue en trio avec l'apparition de la très faible PGC 36913 qui forme un triangle quasiment équilatéral avec les deux autres vers le Nord-est.


schéma de terrain terminé à 03h20TU

Cap au Sud vers le Sextant où je localise un autre duo fusionnel constitué de NGC 3018 & 3023. Il pourrait sembler un peu moins attractif que le précédent, car les deux composantes sont plus petites et plus faibles, mais la principale, NGC 3023 présente l'intérêt de montrer assez nettement (VI4) un renforcement du côté Est du disque, parfois catalogué comme une galaxie indépendante (Markarian 1236) mais qui est en fait une région HII étendue très active [d'après la publication 2007ApJS..170...33P].


schéma de terrain terminé à 04h00TU

Pour finir, je tente de compléter et d'améliorer un dessin commencé en mars 2015 de NGC 4969, une double-double galaxie (à l'instar de la double-double de la Lyre chez les étoiles). Cependant, le fond de ciel est particulièrement lumineux à cet endroit pour une raison que j'ignore et cela abaisse fortement le contraste. Peut-être une résurgence du pont zodiacal ? Parce que le ciel dans cette zone était bien meilleur lors de l'observation d'HK ORI à 22h40TU...

Je jette l'éponge pour cette nuit : la fatigue l'emporte... pour cette fois ! A l'image des échéances précédentes, cette nuit propose un menu hivernal typique. En guise d'entrées, on débute la soirée par des galaxies (Pégase, Poissons, Eridan), puis le plat principal regorge de nébuleuses et d'amas en milieu de nuit (Orion, Licorne, Gémeaux, Persée, etc.) avec le passage méridien de la Voie Lactée. Enfin, le dessert revient aux galaxies de fin de nuit (Cancer, Lion, Vierge, Grande Ourse) avec l'émergence du ciel de printemps.

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MessageSujet: Re: Blanche-Neige et les 7 nuits   19/01/17

Samedi 31 Décembre - 11h40 TU

La routine impose la même rengaine alors je résume parce que vous connaissez le synopsis : je me réveille en milieu de journée pour constater qu'il fait encore et toujours beau. Un ou deux bricolages plus tard (colmatage latéral du spectro qui laissait des reflets indésirables se propager), je déjeune, fait une sieste et puis la nuit arrive ! Lassant... à lire certainement, parce qu'à vivre, c'est génial !


Samedi 31 Décembre - 18h10 TU

Pendant que certains préparent leur réception du nouvel an et alignent les flûtes à champagne, d'autres collimatent aux petits oignons et alignent les oculaires ! J'aurais tord de ne pas en profiter, chacun son occupation !

Ce soir, je commence par la carte 130 de l'Uranometria (dans le Bélier) où figure NGC 1030 proposant une bande sombre à la Sombrero. Malheureusement pour moi, si cette petite et faible (VI2) galaxie montre bien son allongement, je n'ai perçu aucun indice de présence de la barre obscurcissante. Par contre, deux compagnons sont visibles à égales distances vers l'Est et l'Ouest, mais en l'absence de redshifts mesurés, il est impossible de dire si ce sont des alignements de circonstances ou de réels "satellites".


schéma de terrain terminé à 18h45 TU

Les objets d'Arp sont le plus souvent incongrus et atypiques et il y en a (au moins) un dans la carte citée juste avant : le n°258. UGC 2140 et son compagnon PGC 10043 ne dérogent pas à cette règle, même si leurs déformations gravitationnelles restent hors de ma portée. Tout de même, deux galaxies vues de profil quasiment tête-bêche demeurent suffisamment rares pour susciter l'intérêt de l'observateur. Etrangement, hormis en ce qui concerne son noyau (VI2), UGC 2140 paraît plus faible (VI4) que PGC 10043 (VI3) ce que ne laisse pas forcément présager l'ordonnancement des catalogues (le catalogue UGC recense des galaxies généralement plus brillantes que le PGC).


schéma de terrain terminé à 19h20 TU

Je remonte ensuite vers le Triangle pour essayer de détailler la structure spirale de NGC 925 qui n'est déjà que partiellement remarquable sur les images, du moins dans les parties brillantes. Comme précédemment sur certains cas, la vision n'est que parcellaire et les bras spiraux sont davantage glimpsés que vus, impression d'autant plus difficile que la courbure est faible. L'amorce de départ du bras Est est extrêmement subtile (VI5.5), de même que le bras plus en éventail côté Ouest. En outre, une nodosité elle-aussi limite (VI5.5) se détache à peine du disque à 1.5' Sud-Est du noyau, regroupant plusieurs régions HII [NGC 0925:[HK83] 042 et 043 selon le NASA Extragalactic Database].


schéma de terrain terminé à 20h15 TU

Dans la même carte Uranometria que la précédente, l'interaction entre NGC 931 et LEDA 212995 est spectaculairement rapprochée. Petite et d'éclat moyen (VI1), la galaxie du NGC est vue de profil, graduellement plus brillante vers le centre jusqu'à un noyau stellaire de m=14, ce qui n'est pas habituel pour ce genre d'orientation : elle ne doit pas être complètement inclinée sur la ligne de visée. Son extrêmement faible (VI5) comparse du LEDA (Lyon-Meudon Extragalactic Database) est perceptible comme une très petite nébulosité informe à environ 20" au Nord nu noyau, à peine détaché du disque de la principale.


schéma de terrain terminé à 20h50 TU

Une dernière galaxie s'impose avant un break dinatoire mérité : il s'agira d'UGC 2082, à nouveau dans le Bélier. Cette très jolie et longue tranche nébuleuse est néanmoins de taille moyenne et d'éclat très faible (VI3), et il faut de l'attention pour la détailler et délimiter ses extensions diaphanes. Un compagnon proche vers l'Est n'a pas été noté, ni recherché non plus, ce qui illustre le fait que l'on observe bien plus efficacement quand on sait ce que l'on cherche !


schéma de terrain terminé à 21h25 TU


Samedi 31 Décembre - 23h30 TU

Après m'être octroyé un bon repas (tartiflette, c'est ça, vous avez deviné comment ?) et une interruption plus longue que d'habitude (la lassitude poindrait-elle le bout de son nez ?), je regagne mon abri de bâches en quête de nébuleuses. Il est temps de finir 2016 avec panache et de commencer 2017 de bonne manière...

Est-ce que Mac Neil vous dit quelquechose ? Vous savez, une nébuleuse variable (type FU Orionis) découverte par cet amateur du Kentucky en janvier 2004 sur des images de M78 prises avec une lunette de 76mm et confirmée par Reipurth avec le télescope de 2.20m de l'Université d'Hawaï et même le Gemini de 8.0m. J'avais eu la chance de l'observer peu après sa découverte le 16/02/2004, en compagnie de Frédéric Géa et son 800mm tout nouveau de l'époque. Mes notes (accompagnées du dessin ci-dessous) disaient : "petite nébuleuse, extrêmement faible et homogène, vue VI5 à 125x et 211x, ovale aux bords flous; environ 30”x15” selon l’axe NNNE-SSSO (PA25°); étoile double de m=15+16 à 1.4’E; brillance de surface comparable que NGC 2064, mais plus petite donc plus difficile ; UHC=OIII=Hß=-1; probablement type R".


dessin de 2004

Il était temps en 2017 de retourner voir l'état de cette nébuleuse, d'autant plus que l'environnement est intéressant (M78 et d'autres objets HH s'y trouvent). Eh bien, j'ai parfaitement retrouvé NGC 2064 et HH 24-26-4 mais rien à l'emplacement où trônait fièrement cette nébuleuse il y a 13 ans... Emplacement à surveiller plus régulièrement donc, dans le cas où l'embryon stellaire éructerait encore !


schéma de terrain terminé à 00h10 TU

Une belle guirlande hivernale de nébuleuses s'étend non loin de Gamma de la Licorne : NGC 2170, NGC 2182, NGC 2183 + 2185 et vdB 74 se suivent avec régularité d'Ouest en Est. Pour la plupart homogènes et circulaires, elles possèdent presque toutes des étoiles centrales assez remarquables et ne répondent pas aux filtres interférentiels étant donnée leur nature poussiéreuse. Seule NGC 2185 montre une forme irrégulière dans laquelle plusieurs étoiles semblent imbriquées.


schémas de terrain terminé à 00h35 TU


schéma de terrain terminé à 00h40 TU


schéma de terrain terminé à 00h55 TU


schéma de terrain terminé à 01h05 TU

Ensuite, je tente à nouveau l'observation de la nébuleuse planétaire Abell 23 (PK 248+29.1) près de 17 ans après un premier échec de détection. Le gain en expérience compense-t-il la perte en sensibilité due à l'âge ? Ou bien tout simplement les conditions sont-elles meilleures et la recherche plus attentive ? Difficile de le dire, mais cette fois-ci, les glimpses sont là et cette grande nébuleuse extrêmement faible (VI5.4)et homogène se laisse confirmer à 83x et 125x avec filtre OIII. Il reste compliqué de lui donner une taille précise mais elle me semble très légèrement ovale Est-Ouest, autour d'une centrale double très serrée de m=15+16 (mieux séparée sans filtre bien sûr). Un petit renforcement encore moins facile à saisir (VI5) est repérable à 271x, sans filtre car il s'agit d'une galaxie d'arrière-plan : 2MASX J09452571-1310299. Dessinée sans filtre (alors que la NP avait été placée avec l'OIII), cette dernière se retrouve placée juste à l'intérieur du bord Ouest de la nébuleuse. Quelle remarquable mise en perspective, parfaitement comparable à celle de l'amas NGC 1807 et de ses galaxies... Dans l'absolu, je vais avoir du mal à réaliser un DAAO final fidèle montrant la nébuleuse et la galaxie car les brillances de surface semblent égales et les visions ont été obtenues dans des conditions différentes. Dans un soucis de réalité, je pense qu'il faudra que je réalise deux dessins distincts. Si vous avez un avis sur ce dilemme, n'hésitez pas à m'en faire part.


schéma de terrain terminé à 02h50 TU

Pendant que certains regagnent péniblement leurs résidences après une nuit festive (peut-être même en couple), d'autres chassent les couples... de galaxies comme NGC 3245 et UGC 5662 dans le Petit Lion. Ce duo physiquement lié me rappelle le célébrissime tandem M81/M82 par l'inclinaison similaire de chaque composante. NGC 3245 est petite, brillante et ovale Nord-Sud (mais cette elliptique ne montre pas de spires comme M81), alors qu'UGC 5662 est petite, très faible et vue par la tranche, très fine.


schéma de terrain terminé à 04h05 TU

J'en termine ici de cette nuit en constatant que les équipements isolants autour de mon escabeau ont bien rendu le service auquel ils étaient destinés : mes mains ont bien moins souffert du froid particulièrement en fin d'observation.


Dernière édition par yapo le 20/01/17, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: Blanche-Neige et les 7 nuits   19/01/17

Dimanche 01 Janvier - 11h20 TU

Ne parvenant pas à prolonger mon sommeil, je m'extirpe du lit et la lumière du jour me fait papillonner les yeux. Le beau temps est-il encore là ou bien vais-je pouvoir profiter d'une dernière nuit de repos ? Il faut bien avouer que des congés sont (tout de même) destinés à recharger les batteries des travailleurs, non ? Eh bien c'est raté : ciel bleu coronal, soleil radieux aux rayons peu diffusés, encore une nuit dégagée en perspective...

Terminés les bricolages, tout l'équipement fonctionne je ne vois plus d'amélioration possible pour l'instant. Ah pourtant si, encore un : le flexible de ma planchette à dessin tient très mal et j'ai récupéré celui d'une lampe de chevet usagée en vue d'un échange. Avec toutes les observations accumulées jusqu'ici, je peux démonter l'éclairage LED rouge variable et prendre le risque d'un dysfonctionnement au remontage que j'aurais éventuellement du mal à corriger. Finalement, je ne casse rien et le nouveau flexible est bien mieux fixé et... flexible justement !

Allez, zou ! A la sieste !


Dimanche 01 Janvier - 18h10 TU

Avant de me lancer sur le terrain, je réactualise rapidement ma liste nocturne : sur les 2000+ cibles potentielles, je sélectionne deux ou trois dizaines d'objets étalés sur les horaires de la nuit qui me garantissent de ne pas manquer de grain à moudre. Et comme la récolte est exceptionnelle depuis le début de la semaine, la source commençait à se tarir...

Cette dernière nuit est aussi excellente que la précédente avec des étoiles qui restent fines jusqu'à 271x et toujours cette étoile de m=6.8 dans la Petite Ourse qui m'envoie ses photons un tiers du temps d'observation à l'œil nu. Juste la lune qui commence à se montrer, mais encore trop peu gênante.


image lune-venus.jpg

Dans la Baleine, NGC 157 déroule ses spires à mi-chemin entre une étoile de m=7 et une autre de m=9. Grande et brillante (VD1), elle est ovale aux bords très flous, graduellement plus brillante vers le centre jusqu'à un centre stellaire de m=14. Deux portions de bras spiraux sont décelables, celle au Nord un peu plus marquée (VI5.4) et bien incurvée, celle au Sud à peine visible (VI5.5) et moins étendue mais démarrant sur un léger renforcement [régions HII NGC 0157:[HK83] 69 et 74].


schéma de terrain terminé à 19h05 TU

Arp 309 dans la même constellation propose l'interaction serrée de NGC 942 & 943, dont les deux halos sont en contact à 271x, l'une plus allongée que l'autre, toutes deux faibles (VI1), très petites et aux centres plus brillants. Je remarque la présence plus loin à l'Ouest d'IC 230 plus difficile (VI3).


schéma de terrain terminé à 19h50 TU

Une belle surprise m'est ensuite offerte par NGC 1055 encore dans la Baleine, décidément "sombrero-like". Cette galaxie moyenne en taille et en éclat (VD3) montre un fuseau dont le bulbe déborde vers le Sud en s'affaiblissant graduellement, alors que sa bordure Nord est nettement rectiligne. Avec de l'attention et du temps, une partie du bulbe détachée au Nord apparaît à 182x extrêmement faiblement (VI5.5) et lors de ces courts instants, je distinglimpsentraperçois (voilà, je l'ai trouvé ce fameux verbe !) cette bande sombre séparatrice.


schéma de terrain terminé à 20h40 TU

Je m'en jette une petite dernière dans la Baleine pendant que j'y traîne encore : NGC 1073, une spirale barrée qui hante mes premiers souvenirs de ciel profond pour une raison oubliée depuis mais sans doute à cause d'une photo au TP2415 hypersensibilisé montrant sa structure si typique... Cette galaxie moyenne à tous points de vue (éclat VI1 et taille) montre malgré tout sa barre centrale sans équivoque (VI3), mais ses bras trop subtils m'ont échappé. J'ai tout de même décelé une nodosité nébuleuse à 1.3' Sud-Est du noyau, résultant de l'agglomération de quelques régions HII [NGC 1073:[HK83] 09 + 14 + 06 d'après le NED], ainsi que trois étoiles ou régions HII stellaires dans la partie Nord du disque.


schéma de terrain terminé à 21h10 TU


Dimanche 01 Janvier - 21h30 TU

Tartiflette-Man est de retour pour sa dernière mission de ravitaillement du séjour et conclut une semaine de repas pas forcément culinaires. Si le mauvais temps avait pris sa part, le séjour aurait peut-être davantage viré vers le gastronomique mais le manque de temps "libre" (le comble pour des vacances) en aura décidé autrement... Tant mieux ou tant pis, faites votre choix !

En guise de dessert, je retourne au télescope m'offrir une galaxie à flambée d'étoiles (starburst) assez similaire à M82 qui se trouve dans la Girafe sous l'appellation NGC 1569. Elle a la particularité d'offrir à notre vue deux de ses amas globulaires de la catégorie "super-lumineux" : ils apparaissent comme une étoile double aux composantes très faibles (magnitudes estimées à 15 et 16) lorsque le seeing est calme (VI4) placée au cœur de cette petite galaxie brillante (VI1). J'ai essayé les filtres interférentiels et si le contraste n'est manifestement pas amélioré comme pour une nébuleuse planétaire par exemple, la galaxie et plus particulièrement son centre résistent tout de même étonnamment bien à l'UHC, l'OIII et même le Hbeta !


schéma de terrain terminé à 22h55 TU

Je me dirige ensuite vers vdB 24, autre nébuleuse de type Herbig Ae/Be entourant la variable XY de Persée. Une bonne surprise car elle est relativement facile à voir (VI2) même si grande et faible autour de l'étoile "éclairante" de m=10, et sa forme globalement cométaire se dessine s'étendant vers le Sud-Ouest.


schéma de terrain terminé à 23h45 TU

Dans l'optique (c'est le cas de le dire) de tester mon "spectro-bidule" et même si j'avais vérifié son fonctionnement sur IC 2149 du Cocher, je me lance dans la recherche de PK 232-04.1 pour laquelle j'avais relevé un diamètre de 17" mais qui paraissait stellaire sur le DSS. Je n'obtiens pourtant pas le résultat escompté avec le bidule, sans doute à cause de l'éclat trop faible de la nébuleuse. En localisant parfaitement le champ à l'aide de l'ordinateur (via Guide 9) et de l'image DSS, je parviens tout de même à l'observer assez facilement à 182x (VI2), aussi stellaire que les étoiles adjacentes (empâtées à cette faible hauteur). En fait, comme elle ne répond pas au filtre, son spectre doit être relativement continu et/ou son étoile centrale prédominante, ce qui explique l'échec du spectro-bidule.


schéma de terrain terminé à 00h20 TU

Après les sosies de M81/M82 vus précédemment, c'est au tour de M51 d'être imitée dans le Cancer par Arp 82 alias NGC 2535 & 2536. La forme spirale de la principale (petite et d'éclat moyen, VI1) est néanmoins nettement moins évidente que pour sa consœur des Chiens de Chasse. Elle ne se ressent que dans la forme globale de sa zone centrale plus brillante qui prend un forme analogue à celle de la nébuleuse du Crabe, un peu en S dans les petits instruments. Le compagnon est près de 2' vers le Sud et offre peu de détails hormis sa forme ovale presque parallèle avec son homologue et son centre graduellement plus brillant.


schéma de terrain terminé à 00h50 TU

Vais-je battre mon record de dessins de la semaine actuellement à 12 obtenus la nuit précédente ? Je m'y attelle en visant une autre spirale, NGC 2543 dans le Lynx. De taille moyenne, elle est brillante (VI1) et ovale aux bords très flous et une barre centrale plus brillante se dessine. La fatigue arrive par vague (à cause des fameux cycles de sommeil) et j'en prends une magistrale lors de l'observation de cet objet. Il faut lui résister pendant 10 à 15 minutes avant que le cerveau ne reparte dans un nouveau cycle et que la concentration redevienne possible. Ce n'est donc qu'à l'issue de cet inter-cycle que je suis parvenu à saisir les glimpses des bras spiraux et ils étaient totalement invisible lors ma lutte avec Morphée. Cette anecdote m'a vraiment sensibilisé -si besoin était- et constater en pratique l'effet de la fatigue sur la vision. Deux bras spiraux s'échappent donc fugacement (VI5.5) de la barre, celui à l'Ouest plus incurvé et fin (donc mieux perçu) que l'autre.


schéma de terrain terminé à 02h30 TU

Spirale et interaction en même temps, NGC 3122 et PGC 29184 synthétisent le meilleur de ce qui me botte en ce moment chez les galaxies. C'est dans le Sextant que je les trouve et le couple est déséquilibré comme NGC 2535 & 2536 précédemment. La principale est petite et moyenne en éclat (VI1), ovale avec une zone centrale plus brillante pendant que la secondaire est très petite et très faible (VI3), allongée et homogène. Avec de l'insistance, une extension rectiligne (un bras ?) est perçu VI5.4 s'échappant du Sud du halo de la principale vers l'Ouest.


schéma de terrain terminé à 03h10 TU

Après le trio de galaxies vues par la tranche alignées (NGC 4206 et consorts), voici un trio triangulaire (quasi-équilatéral) dans l'Hydre : NGC 3127, NGC 3128 & PGC 29346. La symétrie est presque parfaite et seule l'orientation différente des galaxies remet un peu de chaos dans cet ordonnancement régulier. Les deux NGC sont très faibles et la PGC extrêmement faible (VI5), toutes homogènes et extrêmement fines. Un champ bien intéressant, d'autant qu'elles présentent des redshifts concordants et sont donc liées !


schéma de terrain terminé à 03h50 TU

Les coups de fatigue s'enchaînent mais je résiste afin de profiter de cette dernière nuit (la prochaine n'est pas encore programmée...). Le catalogue d'Arp (encore lui) me propose son numéro 23 dans les Chiens de Chasse, très esthétique sur les images grâce au mono-bras hypertrophié de NGC 4618 et à sa pâle et proche copie NGC 4625. Les deux galaxies brillantes et accessibles en vision directe (VD2 et VD3 respectivement), mais seule NGC 4618 montre son bras difforme s'étendant vers le Sud avec son noyau décalé contre le bord Nord du coup. Je n'ai pas réussi à voir le bras spiral du compagnon, mais le noyau est également largement décentré vers le Nord également.


schéma de terrain terminé à 04h25 TU

Allez, courage, une dernière pour la route : NGC 4535 dans la Vierge. Grande et brillante, cette galaxie montre difficilement (sans doute à cause de la fatigue) ses bras, celui au Nord plus facilement (VI5.3) que celui au Sud, avec quelques étoiles parsemées sur le disque ce qui donne un effet de profondeur. Un compagnon extrêmement faible est visible (VI5) au Nord mais les redshifts sont très différents et il se trouve donc loin en arrière plan.


schéma de terrain terminé à 04h55 TU

Voilà, je jette l'éponge aux frontières du crépuscule astronomique, pas forcément épuisé mais fatigué et satisfait de terminer sur un objet sympa qui n'arrache pas la rétine. Et puis demain, il faudra tout ranger...


Lundi 02 Janvier - 10h30 TU

Réveil au clairon, tiens non, mais il faut quand même faire un brin de toilette, un zest de ménage, un poil de rangement, une touche de bagages et surtout fermer consciencieusement un chalet qui affrontera quelques semaines d'hivernage avant ses prochains visiteurs de février.


Lundi 02 Janvier - 15h30 TU

Je prends la navette au village pour descendre jusqu'à la gare où je prendrai le train retour de nuit dans des conditions similaires à celles de l'aller (nonobstant le voisin machine-à-laver).


Conclusion

Je n'aurais pas pu mieux profiter de cette météo extraordinaire pendant 7 nuits d'affilées. Me concernant, je crois que c'est du jamais vu avec de si nombreuses nuits entièrement dégagées et autant remplies ! En compulsant mes archives (via Observation Manager), j'ai été surpris par le fait (oublié) que cette météo n'est pas exceptionnelle pour le site (plus de 300 jours de soleil par an vantent les offices de tourisme). Jugez plutôt :
-5 nuits de suite du 25/12/1988 au 30/12/1988,
-5 nuits de suite du 29/07/1989 au 03/08/1989,
-9 nuits de suite du 17/08/1990 au 26/08/1990 (pas complètement utilisées ni totalement dégagées et puis estivales),
-9 nuits de suite du 10/07/1991 au 28/07/1991 (pas complètement utilisées ni totalement dégagées et puis estivales),
-8 nuits de suite du 10/08/1991 au 18/08/1991 (quasiment entières mais estivales) à l'observatoire de Château-Renard (la vallée d'à côté) lors d'une mission de nouvelle Lune avec mon club,
-8 nuits de suite du 25/07/1992 au 02/08/1992 encore à Château-Renard
-9 nuits de suite du 24/12/1992 au 02/01/1993 (mais pas complètement utilisées),
-5 nuits de suite du 14/02/1993 au 19/02/1993
-5 nuits de suite du 20/07/1993 au 25/07/1993
-10 nuits de suite du 05/08/1993 au 15/08/1993 (mais pas complètement utilisées)
-5 nuits de suite du 19/08/1998 au 23/08/1998
-5 nuits de suite du 21/08/2006 au 26/08/2006

Pour autant, je ne pense pas avoir jamais enchaîné autant d'heures d'observations non-stop avec un ciel aussi bon. Bref de l'exceptionnel et c'est ce qui a motivé la rédaction de ce croa marathon.

Si vous avez tout lu jusque là, bravo : vous êtes un véritable extrémiste (fesse gauche ou fesse droite le tatouage de NGC 4565 ?).

Si vous vous êtes vite lassé de ce défilé d'objets, ma foi c'est que je n'ai pas la verve pour vous communiquer ce virus qui, chez moi, provoque un inextinguible besoin de nouveauté à chaque observation (je me lasse rapidement d'un objet déjà observé), sans doute une déviance psychologique dérivée d'une pathologie courante chez les collectionneurs.

J'espère tout de même que ça vous aura donné envie d'observer le ciel profond, ou bien en tout cas de sortir des sentiers battus, d'aller visiter les Alpes du Sud pourquoi pas et bien sûr de manger de la tartiflette !

Bon ciel,
Yann

PS1 : pour les intimes (Carine et Laurent) : na na na nèreuh !

PS2 : Michel aurait bien aimé ce texte et j'aurais bien aimé qu'il puisse le lire...

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MessageSujet: Re: Blanche-Neige et les 7 nuits   24/01/17

Connaissant Michel, je n'ai aucun doute que d'où qu'il soit, il se régale à ta lire! Et son regret est sans doute de n'avoir pas eu le temps de mettre tes cibles à son programme.
Et commencer par "la tétine" est un bel hommage, c'était un de ses objets préférés. Même si c'est pour chercher une obscure crotte le mouche à proximité ! Very Happy

Quant à moi, si j'ai déjà observé certains des objets que tu as accroché à ton tableau, bien d'autres me font de l'œil, vu qu'on affectionne les mêmes cibles.
Dans ta quête de cet hiver et, tu n'as pas essayé Gyulbudaghian nebula (PV cephei)?  Comme elle varie beaucoup en éclat et en forme, ça doit être intéressant, même si tu l'as déjà observée.... Mais en écrivant, je me rends compte qu'en décembre, elle est trop bas sur l'horizon nord à Ceillac.
Je n'ai pas vu non plus ce HCG dans l'hydre, HCG 40. Mais tu l'avais peut être déjà dans ta collection.

On peut dire que tu rentabilises tes séjours!!! J'aimerais en être encore capable.

Et pour finir sur une note de saison, merci pour ce message qui sonne comme une carte de voeux merveilleuse. Alors, mes vœux : que la météo te doit toujours clémente pour nous ravie de cette manière. Accessoirement, santé, joie, prospérité et que la puce suive les traces de son papa , pas seulement pour laver le miroir! :-)
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yapo
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MessageSujet: Re: Blanche-Neige et les 7 nuits   24/01/17

Salut Maïcé,

Pour PV Cep, c'est vrai que je l'avais déjà dessinée auparavant mais je n'ai pas lancé de surveillance assidue (il faudrait, tu as raison, histoire de voir si elle disparait). C'est comme NGC 2261 la variable de Hubble dont je n'ai pas encore observé de variations (mais là c'est la forme et les détails et mon scope n'est pas le mieux taillé pour cela).

Merci pour tes voeux et en retour les miens, pour toi et Teepee, plein de cieux étoilés dans les causses (corrélés avec vacances scolaires et pleines lunes) et la santé pour tenir les nuits !

bises, Yann

PS: j'en profite pour dire que je remplace au fur et à mesure de leur réalisation les croquis de terrain par les DAAO plus "propres" (mais il faudra utiliser la vision décalée... afro).
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cajuva
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MessageSujet: Re: Blanche-Neige et les 7 nuits   26/01/17

Bonjour et bonne année à vous deux ( Yann et Maicé  Wink )

J'ai tout lu et c'est bien la preuve qu'il ne faut pas forcément être  " extrémiste " pour arriver au bout Smile. Ce n'est pas un CROA que tu as fait la, mais un récit ... je me suis régalé .
Quant à l'envie, cela fait longtemps que le dobson dort ... il pourrait peu être à nouveaux recevoir qqes photons c'est été ...
A vous lire, il me semble que rien de bon est arrivé à Michel Nicole Neutral

Merci Yann pour ce beau moment ...



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MessageSujet: Re: Blanche-Neige et les 7 nuits   

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